INTERVIEW DE GEORGES MELA
1. La saison s'est achevée à Porto-Vecchio, cité en proie à une forte pression touristique. Les enseignements qu'en tire le premier magistrat de la ville ?
Porto-Vecchio confirme sa place de 1ère station touristique de l'île. Avoir la capacité d'accueillir 100 000 visiteurs est un formidable atout pour notre commune qui compte 12 000 habitants à l'année. Je ne parlerai donc pas de pression touristique mais plutôt d'une chance pour le maire que je suis d'administrer un territoire aussi attractif, même si ce flux de fréquentation implique un souci permanent quant au dimensionnement de nos infrastructures et de nos équipements. Cette performance ne pourrait pas être atteinte sans le travail quotidien des services municipaux allié au dynamisme des socio-professionnels.
2. Dans quel état d'esprit venez-vous d'aborder cette rentrée ? Quels sont les grands dossiers auxquels va s'atteler le Conseil Municipal dans les semaines à venir et ceux qui ont une bonne chance d'aboutir avant la fin 2011 ?
Depuis 2008, mon équipe municipale et moi-même avons travaillé sur la programmation de travaux nécessaires et importants pour moderniser la commune. Je pense notamment pour la fin 2011 à la livraison de 39 logements sociaux en centre ville pour laquelle la commune est partenaire, au Complexe sportif du Prunello, plateforme sportive moderne et complète qui ouvrira ses portes en décembre prochain, à l'aménagement de l'entrée nord, à la réfection et modernisation des réseaux d'eau et d'assainissement nécessaires au réaménagement de la traversée de Muratello, à la transformation de l'ancienne Poste, récemment acquise par la commune, pour y installer les services communaux. Des projets se concrétisent, d'autres à venir sont nombreux, tels que la création de la future crèche municipale. Ils attestent bien du dynamisme de la commune. Oui, la deuxième partie de ma mandature verra se poursuivre la réalisation de ces projets pour les porto-vecchiais. Pour répondre à votre question, je suis donc très optimiste et plus déterminé que jamais.
3. Le programme de 270 logements dans le secteur du Prunello, l'extension de la station de traitement des eaux de Nota, la création d'une nouvelle station d'assainissement au sud font partie des projets évoqués lors de la dernière visite du Préfet. Où en est-on, concrètement, pour chacun d'eux ?
L'ensemble de ces projets s'inscrit dans une démarche globale de modernisation de la ville. Le logement est au coeur de nos priorités. Cependant, Porto-Vecchio ne disposait pas de foncier permettant la construction de ces logements. La commune a ainsi acquis 8 hectares et demi pour un investissement de presque 5 millions d'euros. Le programme de 270 logements sur le site du Prunello se réalisera dès que toute la phase d'ingénierie actuellement en cours s'achèvera. Il va permettre d'apporter un souffle nouveau à la population porto-vecchiaise en permettant à chacune et chacun de trouver un logement en fonction de sa situation familiale et de ses revenus. Je souhaite faire du Prunello un futur bassin de vie, un quartier à part entière : aussi l'implantation de six courts de tennis sera opérationnelle avant la fin 2011. S'agissant du programme de logements, son implantation générale et sa faisabilité seront définis en 2012.
L'extension de la station des eaux de Nota se fera en 2 temps : la construction d'un réservoir supplémentaire de stockage débutera fin d'année 2012 ; la création d'un troisième module de production d'eau potable suivra.
S'agissant de la nouvelle station d'assainissement, l'année 2012 verra également la définition exacte de ce programme. La première urgence sera la mise en conformité de la STEP (Station d'épuration) de Capu di Padolu. Un bassin tampon de 1 000 m3, l'installation d'une centrifugeuse et d'autres aménagements importants seront ainsi opérationnels pour l'été prochain. Compte tenu de l'importance de ces dossiers, une nouvelle réunion quant à leur financement a déjà été programmée avec M. le Préfet début janvier.
4.Votre projet d'installation d'une quarantaine de caméras de surveillance ne fait pas l'unanimité, avec notamment le dépôt d'un recours devant le TA de Bastia par Portivechju Altrimenti, puis une abrogation de la délibération du 23 mai portant sur ce projet. Vous ne jetez cependant pas l'éponge. Comment convaincre les récalcitrants ?
Le dépôt d'un recours par l'opposition devant le TA de Bastia portait essentiellement sur une question de forme : la remise du rapport en séance du Conseil municipal sans avoir au préalable respecter les cinq jours francs de communication aux membres du Conseil. Même si le dossier avait fait l'objet de discussions en commission des finances, j'ai naturellement pris la décision de retirer cette délibération.
Aujourd'hui, pour reprendre votre formule « je ne jette pas l'éponge » bien au contraire. Celle-ci sera à nouveau présentée aux élus lors d'une prochaine séance du Conseil municipal. Comme beaucoup d'autres communes, telles qu'Ajaccio, Propriano et Bonifacio, nous avons fait le choix d'opter pour la vidéo protection et non pas pour une société sous surveillance à la « Big Brother ». En effet, la vidéo protection est un outil au service de la population. Elle permet de prévenir et de lutter contre les incivilités, les actes de délinquance trop nombreux et trop coûteux pour notre collectivité. Les incivismes en tout genre (poubelles incendiées, panneaux vandalisés, décharges sauvages, vandalisme des éclairages publics...) ont couté sur l'exercice 2010 plus de 150 000 euros à la commune ! De plus, elle permettra de sécuriser les bâtiments communaux, de gérer l'affluence touristique en période estivale sur certains axes et d'endiguer certains trafics devenus de véritables fléaux pour notre jeunesse. 31 caméras seront donc disposées en centre ville et en périphérie. Concernant le coût du projet, son montant est de 1million 276 euros avec une participation de 50 % de l'Etat, 30 % pour les autres collectivités et 20 % pour la commune. La gestion de la vidéo protection sera assurée conjointement par les services municipaux et les services de l'Etat. Cette politique doit évidemment se concilier avec le respect des libertés publiques et individuelles, auxquelles nous sommes très attachés.
5. Le projet d'extension du Port suscite lui aussi des critiques. Quelles premières conclusions tirez-vous de la consultation publique que vous avez tenu à lancer ?
Le port de plaisance actuel ne répond ni à la fréquentation estivale, ni à la demande locale en constante augmentation. Chaque jour, en période estivale, plus de 250 bateaux sont refusés et plus de 300 mouillent de façon sauvage. Cette extension représente pour la commune une opportunité unique dont les premiers bénéficiaires seront les porto-vecchiais, sachant que l'investissement sera payé en totalité par les usagers et non pas par les contribuables. Ce port ne sera pas réservé à la grande plaisance, mais à la petite et moyenne plaisance qui dynamiseront notre économie locale. De nouvelles filières professionnelles seront crées ; de nouveaux emplois seront ainsi pérennisés et proposés à nos jeunes. Notre projet d'extension portuaire permettra également d'enrayer les impacts néfastes et dramatiques engendrés sur l'environnement par les mouillages sauvages. A ce propos, fin août, le ministre de l'écologie, Madame Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET en visite sur notre commune, avait tenu à souligner le caractère exemplaire de cette extension, en précisant qu'au-delà d'un port moderne et performant, ce nouvel outil répondait parfaitement à toutes les contraintes environnementales.
Pour autant, tout projet d'importance suscite toujours des controverses des interrogations voire des critiques. Souvenez-vous des commentaires autour du barrage de l'Ospédale et de l'aéroport de Figari qui sont aujourd'hui des infrastructures indispensables à l'essor de notre micro-région ! C'est pourquoi, j'ai décidé de lancer une phase de concertation publique, qui s'achèvera fin novembre. Jusque là, elle a été fructueuse, permettant des échanges nourris, entre les intervenants au projet et le public. J'ai choisi ce contact direct avec la population, plus opportun qu'un référendum, car plus participatif, plus constructif, et moins politique. De nombreux avis se sont exprimés ; en retour nous essayons en toute transparence de les intégrer à l'avancement de ce projet. Je préfère cette méthode de travail à la polémique stérile de nos principaux détracteurs.
6. Un PLU annulé et un appel. L'urbanisation ne va pas de soi dans votre commune où les problématiques du foncier et de la spéculation sont particulièrement accrues. Quid d'un développement maîtrisé ?
Le PLU a été annulé le 23 mai dernier. Depuis, décision a été prise par la commune d'interjeter appel de ce jugement du TA de Bastia. Ces quelques mois ont été consacrés à l'analyse et à la prise en compte des conséquences de cette annulation sur le quotidien des porto-vecchiais. La première conséquence a été le retour à l'application du Règlement National d'Urbanisme (RNU), c'est-à-dire de dispositions générales du code de l'urbanisme qui ne permettent pas à la commune d'appréhender de manière rationnelle l'aménagement de son territoire. Porto-Vecchio ne dispose donc plus d'un règlement connu de tous, applicable à tous et identique pour tous.
Le juge administratif a choisi de ne pas retenir comme villages des hameaux anciens, alors que notre particularité réside dans le fait que ces hameaux sont souvent plus importants que la majorité des communes de Corse, voire même des cantons. Ces sites sont de véritables bassins de vie, avec des équipements, des services publics. Cette appréciation est donc particulièrement préjudiciable aux habitants de la commune qui souhaitent s'installer dans ces hameaux situés en périphérie du centre ville. Vous me parlez de développement maîtrisé ? Difficile aujourd'hui de l'envisager. Cependant je suis confiant en notre appel, car les jurisprudences de la Cour Administrative d'Appel de Marseille rendues récemment, nous sont plutôt favorables. A ce jour, l'ensemble des permis de construire retirés représente un déficit pour notre économie locale de plus de 50 millions d'euros. Aujourd'hui, nous travaillons en collaboration avec les services de l'Etat de façon à ne pas hypothéquer le développement de cette commune ; la récente visite du Préfet de région nous a conforté en ce sens. L'esprit de notre démarche commune est de nous soumettre au jugement du TA tout en respectant les particularités de notre territoire.
7. Alors qu'elle avance partout ailleurs, l'intercommunalité du « Grand Sud » est au point mort. Vous invoquez l'absence de consensus sur le volet financier et fiscal comme motif de blocage. Au-delà du constat, quels sont les moyens mobilisés pour en sortir ? Et quel rôle a à jouer votre commune ?
Malgré les divergences qui existent sur les volets dont vous parlez, je crois en cette intercommunalité. Porto-Vecchio a depuis toujours été le moteur de ce processus prônant l'alliance des compétences respectives de toutes ces communes, petites et grandes. Nous ne pouvons passer outre une mutualisation de nos moyens et nos actions, c'est primordial pour optimiser notre territoire. Nous sommes cependant à quelques semaines de la fin de notre compétence en matière de création de cette structure. Force est de constater que le consensus existe sur de nombreux points. Seul le volet fiscal pose problème. C'est donc l'Etat qui va se substituer à chacune des différentes communes concernées pour créer cette intercommunalité. Je regrette que le préfet assouplisse son calendrier, la date du 1er janvier nous aurait permis de travailler enfin tous ensemble. Je ne vous cache pas que j'aurais préféré que nous fassions preuve de plus de responsabilité parce que cela engage d'une part, l'avenir du Grand Sud et d'autre part, celui de tous ces habitants.
8. Porto-Vecchio reste un exemple en matière culturelle. On peut toujours faire mieux. Qu'est-ce qui est prévu de ce côté-là ?
Je rappelle souvent aux élus qui travaillent à mes côtés qu'il est nécessaire de se remettre en cause. Outre les nombreuses initiatives privées qui dynamisent notre cité, soutenues par la commune grâce à des subventions, nous avons la chance de disposer de deux outils que beaucoup nous envient : la Cinémathèque régionale de Corse et le Centre culturel communal. Si depuis 10 ans, le Centre culturel a toujours accueilli les artistes, soutenant ainsi la création et la diffusion régionale, Porto-Vecchio est victime de son affluence estivale. J'aimerais que nous instaurions un rendez-vous artistique incontournable comme d'autres régions ont su le faire. Porto-Vecchio mérite d'avoir sa « marque de fabrique » dans le domaine culturel. Nous sommes sur la voie d'un festival inédit pour lequel j'ai noué des contacts...mais je ne peux vous en dire plus !
L'année 2012 sera une année riche en programmation artistique et culturelle avec plus de conférences, de rencontres théâtrales et de rendez-vous musicaux pour tous les publics !
9. Côté santé, Jean-Charles Orsucci s'est largement exprimé dans le cadre de la polémique de l'implantation d'une IRM dans l'extrême sud. Et vous ?
Les problématiques sanitaires et médico-sociales de la population de la micro-région ont toujours fait partie de mes priorités. L'installation de l'IRM est un sujet que je connais bien. Lors de sa visite le 29 juillet dernier à Porto-Vecchio, Xavier BERTRAND, ministre de la santé, a annoncé l'implantation de l'IRM à la polyclinique de l'Ospédale, souhait partagé avec le Député de la Corse-du-Sud, Camille DE ROCCA SERRA qui y a largement contribué.
C'est une annonce forte que je soutiens avec vigueur depuis le début. Je souhaiterais d'ailleurs vivement que l'ensemble des sensibilités politiques qui siègent au Conseil municipal soutiennent clairement ce projet. Implanter l'IRM ailleurs que sur notre commune serait illogique, incohérent. C'est la solution la plus adaptée ; si le territoire de l'extrême sud est vaste et les problèmes de santé divers et variés, Porto-Vecchio est bien le centre « névralgique » de cette micro-région et possède notamment une structure médicale d'urgence. Les prises en charge sont complexes telles que les maladies cardiaques évoluées, les cancers en cure de chimiothérapie, les fins de vie, les pathologies respiratoires.
10. On sait que vous soutenez par ailleurs le projet de HAD. Où en est-on ?
Ces deux projets que sont l'IRM et l'Hospitalisation à Domicile (HAD) se font écho. Leur concrétisation doit s'accélérer pour apporter plus de sécurité et plus de confort à nos populations. Une HAD à Porto-Vecchio est indispensable. L'Etat le premier, à travers l'agence régionale d'hospitalisation (qui existait avant l'ARS), avait sollicité l'Union des Mutuelles de Corse-du-Sud (UMCS) en 2008 pour étudier l'opportunité d'une HAD sur notre département. Toutes les études et audits qui ont suivies ont démontré la nécessité d'une création d'un tel service sur notre commune. Dès le départ, j'ai adhéré et encouragé l'installation de l'HAD à Porto-Vecchio, et un consensus s'est vite formé autour de ce même projet de la part des professionnels de santé.
Qu'en est-il aujourd'hui ? Le dossier complet de cette HAD a été déposé auprès des services de l'ARS, fin juin 2010. Depuis, c'est le silence de l'administration, un silence qui m'interpelle ...malgré plusieurs courriers destinés au Directeur de l'ARS. C'est pourquoi, lors du dernier conseil municipal en date du 7 octobre, le groupe de la majorité que j'anime associé au groupe « Campà » de Frédéric BENETTI a proposé une motion visant à soutenir l'HAD à Porto-Vecchio. L'Etat doit sortir de ce mutisme préjudiciable aux patients en souffrance et en attente de soins de proximité.
11. L'opposition, plus que jamais incarnée par Jean-Christophe Angelini (même s'il ne fait plus partie du conseil), occupe pleinement le terrain médiatique. Du coup, on a un peu l'impression que vos propres interventions médiatiques sont pensées exclusivement pour y répondre... Interprétation légitime ?
Il est difficile d'être sans cesse dans une posture de communication lorsque l'on est aux responsabilités et dans l'action quotidienne au service des porto-vecchiais. Non, je n'ai pas l'impression d'être sans cesse en réaction ! Ce qui nous différencie avec l'opposition, c'est que je ne suis pas en permanence en campagne électorale. Je souhaite cependant que la seconde partie de ma mandature soit consacrée à plus de communication avec la population mais pas dans un but polémique ou strictement électoraliste comme le fait « Portivechju Altrimenti ». Je préfère privilégier l'information sur nos projets, les investissements et travaux programmés, déjà en cours ou achevés. C'est une vision plus constructive et résolument tournée vers l'avenir. C'est ce qui m'anime et me motive. Les porto-vecchiais méritent mieux qu'une critique stérile qui finit par nuire à l'image de Porto-Vecchio. Je suis là pour les servir, améliorer leur bien-être, relever les défis qui s'imposent à notre ville pour qu'elle maintienne son rang de troisième ville de Corse, voilà mon seule ambition.
12. Le modèle de cité vers lequel vous aimeriez voir évoluer votre ville ?
Petit bourg des années soixante, Porto-Vecchio a su s'élever au rang de troisième ville de Corse. La réalisation d'équipements structurants, les projets novateurs doivent s'intensifier et continuer d'apporter à Porto-Vecchio le rayonnement qui est le sien. Aujourd'hui, je voudrais pouvoir répondre aux attentes légitimes des porto-vecchiais : se loger, travailler, élever ses enfants, bénéficier des services, se soigner correctement, vieillir paisiblement. Vivre toujours mieux dans notre ville, tel est mon souhait. Je ne veux surtout pas d'une politique à deux vitesses : chacun doit pouvoir trouver sa place à Porto-Vecchio. Voilà en toute honnêteté, le modèle de cité que je préconise.
13. Un sénat qui passe à gauche. En tant que membre UMP, ça vous inspire quoi ?
Je ne suis pas à ce jour répertorier sur les listes UMP bien que sympathisant. Le sénat qui est passé à gauche n'est pas une surprise puisqu'il est la conséquence d'élections locales passées. Le camp libéral, en cette période de crise majeure, doit impérativement retrouver la place qui est la sienne sur l'échiquier politique.
14 . Faites-vous partie de ces UMP que le concept de primaires séduit ?
Je ne suis pas contre car c'est un gage de démocratie et il appartient à chaque parti politique de gérer ses individualités comme il le souhaite.
15. Les législatives approchent. Comment comptez-vous vous y engager ?
Vous n'êtes pas sans savoir les liens qui sont les miens avec le député sortant Camille DE ROCCA SERRA. Je serai à ses côtés pour cette campagne.
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